4. La Molina (coupe d’Europe)

Me voilà donc arrivé au terme de ma saison et que rêver de mieux qu’une finale de coupe d’Europe qui se déroule chez nous dans les Pyyrénées (à La Molina en Espagne). Moi qui, en début de saison visait humblement la 1ère série française, je me retrouve à courir au beau milieu des meilleurs européens.

Au programme, 4 jours de bonheur à passer au milieu de plus de 150 athlètes(dont une cinquantaine de skieurs-assis) venant de toute l’Europe (une vingtaine de nations) et même de plus loin encore (un japonais, 2 américains, etc …) avec certaines délégations très disciplinées, organisées et importantes en nombre de coureurs (les autrichiens, les suisses, les allemands et les italiens sont avec la France les plus grosses équipes).

La course se déroulait à La Molina (station espagnole prés de l’Andorre) et était la dernière étape de la coupe d’Europe (dernière course du calendrier international permettant d’améliorer ses points, enfin … pour moi il s’agissait surtout de faire mes premiers points)

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Les enjeux sont importants pour beaucoup de coureurs (le français Romain Riboud joue le titre en géant et devra terminer dans les 4 premiers pour finir très fort sa saison), dont les plus costauds, qui ont répondu présent. Le champion olympique de ski-assis de géant à Turin est présent pour défendre sa place de leader mondial cette année en slalom et en géant.

Mon fidèle Coach/Préparateur/Sherpa et surtout ami, Chouchou,est toujours là et aura été plus que jamais d’une aide précieuse pour me préparer les skis tant la neige était béton mais aussi pour me remotiver quand le moral était bas, pour me tempérer quand je m’enflammait au départ, pour m’aider à réparer la coque qui avait pété plusieurs fois. Plus le temps passe à bosser avec lui et plus notre duo fonctionne. On commence à  »marcher« emoticoneen véritable équipe et quand je n’arrive pas en bas, je suis plus déçu pour lui que pour moi. Il rempli toujours parfaitement son rôle en me préparant des skis nickels, en me motivant jusqu’à la dernière seconde avant le départ, jusque dans le portillon et moi je me casse bêtement la figure par manque de concentration sur la fin.(Désolé Chou’)

Je retrouve également mon pote Lolo venu avec un moniteur de Peyragudes mais ils n’ont pas l’air super à l’aise et j’ai l’impression qu’il y a comme un malaise entre nous, qu’on n’aura pas réussi à éclaircir durant ces 3 jours …

Enfin dans l’hôtel, on est par chambre de trois et on se demandait bien avec Chouchou quel coureur allait atterrir avec nous et là sur la feuille du DTF, je vois J-Y  ?!? Mais bien sûr, J-Y comme Jean -Yves Le Meur ! Trop cool ! S’il y a bien un coureur assis avec qui j’avais envie de partager ces trois jours c’est bien lui. C’est quelqu’un de tellement simple, intelligent (il bosse au CERN quand même, donc c’est pas la moitié d’un con) et cool mais en même temps tellement doué en ski que s’en est effrayant. (non je ne suis pas tombé amoureux durant ces trois jours mais ce fut vraiment un honneur !) Pour ceux qui ne le connaissent pas, je vous conseille au moins les 2 blogs que j’ai mis dans mes liens, sinon son livre « Faux Pas ».

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Bref, passons aux courses.

Au programme 2 super G, 1 géant et un slalom mais surtout plus d’une cinquantaine de fauteuils au départ

  • Premier jour, les 2 super G :

Le premier jour, je pars avec le dossard 83 : dernier assis à partir ! Pas de chance au tirage au sort. 

Pour donner le rythme de ces 3 jours, le premier super G est plutôt engagé et pour la première fois de la saison j’ai une petite appréhension au départ, qui disparaît heureusement aussitôt le portillon de départ passé.

Dans le premier mur, sur le haut, le tracé est très rapide et envoie dans une banane où on risque de prendre encore une accélération, puis un gros virage sur un petit dôme à effectuer. Plutôt piégeur si on se souvient du géant des championnats de France …

La prise de vitesse sur la double est impressionnante et j’ai même pas le temps de penser au virage, qu’il est déjà derrière moi. Il faut dire qu’avec le dossard 83, c’était presque un virage relevé de boarder cross à la place du dôme.

J’arrive ensuite dans la partie la plus raide du parcours (dans une piste noire) où le traceur, heureusement, a mis des portes plus tournantes où le rythme se calme un peu mais comme toute la neige a été poussé hors de la ligne, si on veut rester dans la bonne trajectoire, il faudra skier sur la glace vive. (merci Chouchou pour les cares)

A l’entrée de ce mur j’ai vraiment l’impression de plonger sur la station. La piste disparaît complètement du champs de vision.

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J’assure mes courbes en les arrondissant davantage et en étant haut pour ne pas me mettre à la faute sur une porte.

C’est passé … Il ne reste plus que le plat avec une ou deux portes assez tournantes mais ça se passe plutôt bien. Je me permets même de lâcher un peu les gaz sur les 10 dernières portes. Je franchis la ligne. J’entends mon nom et mon temps au micro mais pas ma place.

Fred me fais signe que c’est bon, Chouchou arrive et me saute dessus, content de voir que je suis en bas (et entier surtout il me l’avouera plus tard). Ça y’est, la délivrance : mon classement. 7ème !!!   (Nous, qui visions les 20 !)

Je suis surtout 2ème Français derrière Yo Taberlet qui finit sur le podium (2ème marche). Bravo Yo ! C’est super car, aprés une saison de réglage, il semble qu’il ait trouvé ses marques sur le nouveau châssis Tessier, le fameux « Scarver ».

Étant donné que j’étais le dernier fauteuil à partir avec mon dossard 83, personne d’autre ne pourra venir chambouler le classement. En regardant la liste des coureurs à l’arrivée je me rend compte de la belle performance accomplie. Sur ce coup je marque 76 points en super G, l’équivalent du 26ème rang mondial actuellement!!!. Bien sur, comme je n’ai qu’une seule ccourse, on me rajoutera des points mais puisque je l’ai fait une fois, y’a pas de raison de ne pas recommencer …

Le second super G se déroule sur le même tracé et j’ai toujours le dossard 83 donc autant dire que la piste est un vrai champ de mines, avec un mur de glace vive au moment où je prends le départ. (Plus de 250 coureurs auront pris le départ sur cette même piste avant que je m’élance). De plus le temps s’est complètement dégradé et c’est avec le brouillard et la neige qu’il faudra compter

Je passe tant bien que mal la partie haute, j’assure le mur et accélère à la fin de celui-ci mais à 3 portes de l’arrivée je me fais prendre dans une compression puis une trace de ski qui m’envoie direct dans les filets. A cette allure ça ne pardonne pas. Pas de casse heureusement mais très déçu de ne pas être arrivé en bas, parce que je pense qu’il y avait moyen d’accrocher un podium. (quelques uns des meilleurs n’étant pas arrivés en bas et celui qui gagne était derrière moi au premier SG). Ca m’apprendra qu’on ne se relâche qu’une fois les skis arrétés dans la zone d’arrivée et pas 3 portes avant celle-là (François Laboissette m’avait pourtant déjà fait la leçon).

  • Le lendemain, rebelote mais en géant cette fois-ci, sur deux manches et toujours sur la même piste.

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J’appréhende un peu car j’ai pour sale manie de toujours finir une manche sur deux (exemple aux championnats de France où je rate le podium à cause d’une gamelle sur le plat d’arrivée) mais boosté par ma perf de la veille je m’élance dossard 90 avec la rage au ventre ayant à coeur de bien figurer encore.

Sur les conseils avisés de Chouchou je calme un peu le jeu et je ne m’enflamme pas comme à mon habitude. J’y vais un peu sur la réserve et je passe la ligne après m’être fait un peu secoué dans les tranchées.

Le verdict : 8ème temps (toujours 2nd français derrière Yohan encore 2nd temps mais talonné de prés par Fred, Manu et Jean-Yves qui est tombé dans le haut du mur).

Je suis déjà très satisfait car cela veut dire qu’à la seconde manche, je partirai avec un bien meilleur dossard (dans les 50) mais si je n’arrive pas en bas, ça n’aura servi à rien.

Malheureusement, pris par le temps, le directeur de course décide que la seconde manche se déroulera sur le même tracé.

« Il faut arriver en bas » ne cesse de me répéter Jean-Baptiste, « tu dois marquer tes premiers points. On s’en fout de la place« . Je m’élance et je subis beaucoup la piste, qui a beaucoup transformé Mais comme tout le monde je suppose. Une grosse faute en haut du mur où je me mets en travers mais je reste dans les traces …

Je finis en lâchant tout ce que je peux en bas du mûr mais je suis très en retard sur les portes du plat.

La ligne d’arrivée est passée. Peu importe le résultat. Enfin c’est ce que je croyais jusqu’à ce le verdict tombe : 1er temps ! Je suis en tête malgré ma grosse faute dans le mur.Chouchou arrive et on se prend dans les bras, fiers du boulot accompli.

Il reste encore 7 coureurs à s’élancer après moi (plus les autres mais qui ont fait un temps moyen à la première manche) et pendant quelques secondes je me mets à rêver d’un podium…

Mais voilà, les premiers étaient vraiment trop forts ce jour-là mais je termine tout de même 5ème juste devant Yohan qui a fait pas mal de fautes dans sa 2nde manche ainsi que Jean-Yves qui tombe à nouveau en bas du mur cete fois. Fred finit juste derrière, à la 7ème place.

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La voilà la bonne opération : 5ème du géant à 3 sec environ du 1er mais je suis surtout fier de finir premier français assis.

Je marque 57 points (également l’équivalent du 26ème mondial au classement FIS en géant !!!)

Le soir j’aurai même les félicitations de entraîneur de l’équipe de France, Pierre Bott ainsi que les applaudissements des autres coureurs français pour ma perf emoticone . Quant à Romain Riboud, en finissant 3ème, il aura les ovations de tous les coureurs pour sa 2ème place européenne en géant au général (4ème mondial) !

  • Le dernier jour, c’est le slalom et en plus de ne pas être du tout ma spécialité je dois dire que le tracé était vraiment surprenant pour une coupe d’Europe.

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Seuls 13 fauteuils arriveront en bas des 2 manches sur les 57 au départ de la première. Et bien entendu j’en ferai pas partie.(sortie à l’entrée du mur où les portes étaient vraiment très empilées et où pour arriver en bas, il aurait fallu descendre en dérapage ou alors s’appeler Jean-Yves Le Meur et tout déchirer comme s’il n’y avait pas de pente.)

La seule satisfaction est que c’est un français qui gagne ce jour là en assis : Jean-Yves Le Meur, bien sûr.

Chez « les debouts » très bonne perf de Cédric Amafroi-Broissat et de Romain Riboud qui terminent respectivement 2 et 3.

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Bilan de cette coupe d’Europe : que du bon !

Au niveau français je me place d’emblée dans le groupe de tête (même si J-Y Le Meur est souvent tombé, que Cyril Moré fait sa préparation pour les jeux de Pékin en escrime et que Denis Barbet se remet de blessure) et au niveau international je me dis qu’en skiant mieux et à bloc, je dois pouvoir faire de belles choses l’an prochain, à condition de pouvoir bien m’entraîner et faire une bonne prépa physique cet été.

La saison prochaine nous dira si c’est l’air espagnol qui m’aura transcendé ou bien si mon niveau s’est élevé cette fin de saison. Voilà pour mon histoire, vécue de l’intérieur. J’espère que vous aurez pu sentir mon enthousiasme au travers de mes mots.

Pour cette merveilleuse saison je tiens à faire tout particulièrement un grand merci à Chouchou pour sa patience, son enthousiasme et sa gentillesse, à François Laboissette pour m’avoir mis sur de(ux) bons rails dés le début de la saison et pour ses conseils trés avisés, à la station de Gourette et à l’Epsa qui m’ont soutenu tout cet hiver, à la fois financièrement  et aussi moralement (en particulier Laure et Henri ainsi que les filles de l’office et les gars de l’Epsa à Izeste, en particulier Rapi), à l’ESF de Gourette et au club des sports avec qui j’ai pu parfois m’entrainer et qui m’a parfaitement intégré (merci à François Barats), à Rossignol pour m’avoir fourni les skis cette saison (et on sait que j’en casse. Merci Maryline), à Quiksilver en particulier pour ses masques que j’ai pris l’habitude de maltraiter en slalom (merci Camille), à Intersport Gourette pour tout ce qu’ils ont toujous fait pour moi (merci à Christophe mon poto, Christian et Benoit les 2 boss), à Pierre Tessier pour sa gentillesse et ses châssis top de chez top (un jour j’essaierai ton Scarver Pierre, t’inquiète …), à ma Maman, ma douce Christelle et Mirentxu mes trois jolies sherpettes, Mme Page pour me permettre d’entreposer mon matos à Gourette et à tous ceux que j’oublierai (par exemple, tous  les gars de l’équipe de France et toutes les 1ères séries qui ont été trop cools avec moi cet hiver, ainsi que Julie qui m’a prété son chéri pendant presque 15 jours).

A l’année prochaine !

         T’as pas oublié un truc Jean-Yves ?     unpeudejy.jpg

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